Le MSC répond aux déclarations de l’ASMI
20 January 2012
Mardi 17 janvier, la Fondation pour le Développement des Pêcheries d’Alaska (AFDF), l’organisation porteuse de la certification MSC pour la pêcherie de saumon d’Alaska, a annoncé que 7 de ses 43 membres retiraient leur soutien à l’évaluation en cours pour une 3ème certification.
Depuis, l’Institut pour le Marketing des Produits de la Mer d’Alaska (ASMI) s’est exprimé publiquement sur son propre programme en le comparant au référentiel du Marine Stewardship Council.
L’industrie de la pêche d’Alaska et l’ASMI ont été des partenaires importants du programme MSC depuis plus de 10 ans. Le MSC espère que la pêcherie de saumon d’Alaska réintègrera l’évaluation pour la 3ème certification et souhaite maintenir une relation de collaboration avec l’ASMI et ses partenaires de la filière.
Cependant nous tenons à apporter des clarifications et corrections à certaines déclarations de l’ASMI.
Le MSC, programme leader pour la certification des pêcheries, est une organisation à but non lucratif qui encourage les partenariats, collaborations et efforts collectifs visant à reconnaître et récompenser les pêcheries durables ou qui travaillent pour le devenir.
Tout comme d’autres organisations, le MSC s’inquiète de l’existence de programmes qui ne sont pas scientifiquement crédibles, rigoureux, indépendants et tierce-partie, car ils peuvent nuire aux progrès environnementaux réels. En règle générale, un programme conçu par l’industrie ne peut pas garantir un niveau d’indépendance et une rigueur scientifique qui assurent qu’une pêcherie est durable.
Le MSC maintient un référentiel scientifique rigoureux et collaboratif pour permettre à des organismes de certification accrédités indépendamment d’évaluer des pêcheries. Ces dernières entrent volontairement dans le programme et sont évaluées sur la santé du stock, l’impact environnemental et la gestion de la pêcherie. Notre programme de certification est conçu pour qu’aucune partie intéressée ne puisse contrôler le déroulement ou les résultats d’une évaluation : des équipes d’experts scientifiques, un processus transparent, une consultation formalisée des parties prenantes, depuis la sélection des experts jusqu’au rapport final, une révision scientifique et indépendante par des pairs et enfin un système d’objection formalisé.
Dans le monde, on trouve de nombreux programmes pour la durabilité des produits de la mer développés à l’échelle locale. Certains comme l’ASMI, revendiquent leur crédibilité et leur équivalence au référentiel MSC.
Nous n’acceptons pas que le programme de l’ASMI soit déclaré équivalent au programme MSC pour les raisons suivantes :
Ce n’est pas une certification tierce-partie, indépendante ou transparente
L’ASMI a engagé Global Trust pour développer un programme qui vérifie que les pêcheries sont « gérées de façon responsable ». Il a été développé sans consultation externe ni engagement de parties prenantes. Global Trust est sous contrat avec l’ASMI pour le développement du programme et réalise également l’évaluation des pêcheries que l’ASMI leur soumet. Ce n’est pas un système tierce-partie.
Le MSC exige que des organismes de certification tierce-partie soient indépendamment accrédités pour réaliser les évaluations selon le référentiel MSC. Le programme de l’ASMI ne requiert pas cette accréditation et les garanties de qualité de la certification qu’elle apporte.
Le manque de transparence et l’absence d’un système formalisé d’implication des parties prenantes sont des points critiques. Même si l’ASMI « accepte » la participation de parties prenantes dans le programme et l’évaluation des pêcheries, des organisations environnementales s’inquiètent qu’il n’existe pas de processus formalisé et transparent pour leur prise en compte réelle.
Au contraire, le programme MSC exige que les organismes de certification indépendants sollicitent activement les parties prenantes et que les rapports d’évaluation soient soumis aux commentaires publics à plusieurs étapes de l’évaluation et des audits de surveillance annuels.
Le programme de l’ASMI ne certifie pas la durabilité de la pêcherie et du stock
Les directives de la FAO exigent des indicateurs spécifiques de résultats concernant la durabilité des stocks. Alors que le programme MSC demande aux pêcheries certifiées d’être à un niveau de stock durable, le programme de l’ASMI ne vérifie pas le statut du stock et ne certifie pas la durabilité d’une pêcherie. Global Trust indique que le programme « vérifie une gestion responsable ». C’est important pour assurer que des pratiques de pêche sont durables, mais un programme de certification crédible qui applique les directives d’écolabellisation de la FAO doit aussi considérer les données fiables sur l’état actuel du stock et l’impact de la pêche sur l’écosystème marin.
Le programme de l’ASMI fait référence à un référentiel de la FAO qui n’existe pas
Le programme de l’ASMI fait référence à plusieurs reprises au « référentiel de la FAO » ou des Nations Unies et aux pêcheries d’Alaska « certifiées par les Nations Unies » ou « certifiées par la FAO ». Ces allégations sont incorrectes. Les Nations Unies et l’Organisation Mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) n’ont pas de référentiels et ne certifient pas de pêcheries.
Le Code de Conduite pour une Pêche Responsable a été développé par la FAO en 1995. Son contenu a été utilisé pour développer le programme de l’ASMI. La FAO a également développé des Directives pour l’Ecolabellisation des poissons et des produits de la pêche maritime en 2005, mais elles sont indépendantes du Code de Conduite. Le MSC est le seul programme d’écolabellisation des pêcheries entièrement cohérent avec ces documents de la FAO et avec le Code de Bonnes Pratiques pour la mise en place des normes sociales et environnementales (ISEAL).
L’ASMI se trompe en prétendant que le MSC intervient dans la gestion des pêcheries
L’ASMI déclare que le MSC n’a pas rendu les pêcheries d’Alaska durables. C’est exact. Le MSC n’est pas un gestionnaire de pêcheries et n’interfère pas dans la supervision et la gestion des pêcheries. Le MSC a développé un référentiel mondial pour évaluer la durabilité de pêcheries et des équipes d’experts scientifiques indépendants réalisent les évaluations selon ce référentiel. La participation au programme MSC est volontaire.
L’ASMI n’indique pas l’intégralité des coûts
En le comparant au MSC, l’ASMI suggère que son programme est gratuit. Cependant, comme le rapporte l’ASMI dans seafoodnews.com le 9 mars 2010, « chaque pêcherie sera certifiée séparément à travers un processus en 4 phases qui pourra prendre jusqu’à 5 ans… Le Conseil d’Administration [de l’ASMI] a approuvé un budget de plus de 700 000 dollars pour les 15 premiers mois pour l’ensemble des 4 pêcheries, jusqu’à la fin de l’année fiscale qui commence au 1er juillet. Des coûts annuels équivalents sont prévus jusqu’à la fin de l’évaluation. » Cela pourrait donc représenter un total de 3,5 millions de dollars provenant de fonds publics et de l’industrie de la pêche pour ce programme marketing. Ce total n’inclut pas les coûts pour le suivi de conformité ou les réévaluations, cette partie du programme n’étant apparemment pas encore fixée.
Le MSC ne touche pas d’argent lors du processus d’évaluation et de certification des pêcheries. La pêcherie paye seulement le temps et les dépenses de l’organisme de certification et des membres de l’équipe d’évaluation. Ce budget varie selon la complexité de la pêcherie et d’autres facteurs, mais, dans la majorité des cas, ne dépasse pas les 200 000 dollars. Ce chiffre est bien moins élevé pour des pêcheries moins complexes.
En plus de donations, le MSC, organisation à but non lucratif, finance ses missions en percevant une redevance de 0.5% sur la valeur globale des ventes de produits finis portant l’écolabel MSC. Cette redevance n’est appliquée que lorsque le label apparait sur un produit vendu directement au consommateur et se répartit ainsi à travers la chaîne d’approvisionnement. Une fois de plus, le MSC est un programme volontaire. Dans le cas du saumon d’Alaska, 82% de ces redevances sont payées par des clients Européens qui valorisent la certification MSC et l’ont intégré dans leur stratégie d’approvisionnement.
Pour plus d’informations
Pour lire la déclaration du MSC sur l’annonce de l’AFDF de ne plus porter la certification MSC de la pêcherie de saumon d’Alaska (en anglais), rendez-vous sur le site www.msc.org.
La certification MSC du saumon d’Alaska, obtenue pour la première fois en 2000, reste valide jusqu’au 29 octobre 2012, à moins qu’une autre organisation ne souhaite porter la certification et que l’évaluation en cours pour une troisième certification soit un succès. Dans ce cas, la certification s’étendra pour 5 ans supplémentaires à partir de cette date. La certification MSC des autres pêcheries d’Alaska n’est pas affectée par l’annonce de la pêcherie de saumon d’Alaska.

