La science pour lutter contre la fraude alimentaire sur les poissons

mai 6, 2019

Cabillaud ou Colin ?

Lorsque l’on consomme du poisson, il est souvent difficile de s’y retrouver : zone de pêche, engin de pêche, espèce… Les étiquettes sur l’étal ou sur le produit, malgré la réglementation, ne sont pas toujours très claires ou complètes. En effet, les études montrent qu’en moyenne 30% des produits de la mer sont mal étiquetés dans le monde.

Un mauvais étiquetage peut être accidentel ou intentionnel. S’il est intentionnel, le poisson est souvent remplacé par une espèce moins chère ou de moindre qualité. Cela peut avoir de graves conséquences comme en 2007 lorsque de nombreuses personnes ont été malades à cause d’une intoxication alimentaire : ils avaient ingéré des poissons-globes étiquetés comme étant de la lotte.

Comment être sûrs que les produits de la mer que l’on consomme sont bien ce qui est annoncé sur l’étiquette ?

Traçage ADN

Les scientifiques peuvent vous dire quel poisson est dans votre assiette en examinant son ADN.

L’ADN est une molécule qui renferme les informations génétiques de tout ce qui vit sur terre, il est héréditaire.

Vous pouvez trouver l’ADN dans le noyau de la cellule d’un animal, mais aussi au sein de mitochondries, des « centrales » de cellules animales. Chaque espèce animale possède un ADN qui lui est propre, connu sous le nom de code-barre. L’ADN situé dans les mitochondries (ADN mitochondrial) est le parfait endroit pour trouver ce code-barre, puisqu’il ne change pas vraiment d’une génération à l’autre.

La technologie du barcoding (ou codage à barres) de l’ADN permet aux chercheurs de prendre un échantillon alimentaire et d’en extraire l’ADN mitochondrial. Les scientifiques examinent alors un fragment de l’ADN qui contient le codes-barres et le compare à des codes-barres de la zone donnée, sur des milliers d’espèces. Ces codes-barres sont stockés dans une sorte de bibliothèque cellulaire. Si le code-barre correspond à un échantillon de la bibliothèque, l’espèce peut être identifiée.

De nombreuses études ont utilisé le barcoding de l’ADN pour analyser les fraudes sur les produits de la mer, et une étude récente a prouvé que plus de 99% des produits labellisés MSC étaient bien étiquetés, c’est-à-dire que l’espèce correspondait bien à celle indiquée sur le produit.

Le séquençage de l’ADN est devenu plus facile et moins cher. Les chercheurs peuvent donc cartographier le génome d’un animal. En analysant son génome, ils peuvent découvrir différentes subtilités dans l’ADN.

Dans certains cas, cette nouvelle technologie permet aux chercheurs d’identifier l’origine du poisson. Par exemple, ils peuvent établir une différence entre le cabillaud de la Mer du Nord et le cabillaud de la Mer de Barents. Cette technologie n’est pas seulement utile à retracer le parcours du poisson mais peut aussi aider à conseiller les pêcheries sur leur gestion.

L’ADN des espèces qui nagent sur de longues distances ou qui se mélangent avec d’autres groupes ne révèlera sûrement pas beaucoup de différences. Retracer leur localisation géographique requiert alors différents types de technologies.

Retracer les éléments

Une nouvelle technique de traçabilité qui gagne en popularité est la cartographie isotopique. Les isotopes sont des versions légèrement différentes d’un même élément organique. Des zones d'eau de mer contiennent des isotopes différents et identifiables. Au fur et à mesure qu'un animal se nourrit et grandit, ces isotopes sont intégrés dans son corps. Son profil isotopique peut donc nous dire où l'animal est allé et ce qu'il a mangé.

Imaginez une carte indiquant les températures dans les océans, qui passe du rouge au bleu à mesure que les eaux plus chaudes deviennent plus froides. Une équipe de chercheurs a récemment fait une carte semblable, en utilisant les isotopes à la place des températures. Pour créer la carte, ils ont utilisé des isotopes trouvés chez les méduses. Les méduses représentent un bon atout pour faire une telle carte parce qu'elles vivent partout dans le monde, grandissent rapidement et ne migrent pas beaucoup avant de mourir. Cela signifie que leurs rapports isotopiques reflètent bien leur localisation géographique.

Les chercheurs peuvent utiliser cette carte pour estimer l'endroit où vit un animal en comparant les isotopes qui sont dans son corps avec la carte des isotopes et en essayant de trouver des concordances.

Le Trace elemental fingerprinting (TEF) est une autre technologie qui nous permet de savoir d'où vient un animal. Les concentrations d'éléments traces dans les coquilles et les otolithes des poissons (situées dans l'oreille) sont liées à la concentration d’éléments dans l'environnement. Les chercheurs peuvent découvrir si deux animaux sont du même endroit en comparant les éléments traces dans leurs corps. Cette technique fonctionne très bien en aquaculture, lorsque les poissons ou les crevettes vivent dans un étang avec un profil d'éléments particulier.

Une de ces différentes approches permet de fournir une bonne indication sur l'origine d'un produit de la mer. Parfois, de multiples approches peuvent être nécessaires et parfois aucune ne fonctionne. Dans ce cas-là, des solutions numériques au niveau de la chaîne d'approvisionnement peuvent être envisagées pour retracer l’origine du poisson. 

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