Des données plus approfondies pour révéler la véritable empreinte mondiale de la pêche

septembre 22, 2018

Michel Kaiser, Université de Bangor  

L'empreinte mondiale de la pêche a récemment fait l'objet de nombreux débats. Selon une étude récente, la pêche a un impact sur 55 % des océans dans le monde. De nombreuses personnes dans les pays en développement dépendent du poisson comme source principale de protéines et des pays comme la Chine choisissent de plus en plus des produits de la mer de luxe : de telles statistiques semblent donc plausibles.  

Pour obtenir ce résultat (55%), les chercheurs se sont appuyés sur le Système d'Identification Automatique (en anglais Automatic Indentification System, AIS). À l’origine créé à des fins de sécurité, l’AIS combine la surveillance par radio et par satellite avec d'autres données électroniques telles que la vitesse, le cap et le port de destination, pour suivre, surveiller et même prévoir l'activité des navires. Tous les navires de plus d'une certaine taille doivent être équipés d'un émetteur-récepteur AIS, de sorte que cette surveillance généralisée a produit des quantités énormes de données qui ont permis aux chercheurs d'estimer l'empreinte globale du secteur de la pêche.  

Toutefois, lorsqu'il s'agit de déterminer dans quelle proportion la pêche affecte l’océan, l'échelle à laquelle l'activité de pêche est cartographiée influe considérablement sur l'exactitude du résultat global. L'utilisation de données de plus haute résolution, avec des quadrillages compris entre 1 et 3 km², au lieu de 1 000 km² par exemple, produit une empreinte qui diffère d'un facteur supérieur à 10.  

Nous devons mieux gérer l'impact de l'activité humaine sur les écosystèmes, mais cela exige une compréhension plus précise de la pêche. De manière similaire aux autres systèmes de production alimentaire, la pêche peut avoir un large éventail d'effets sur les écosystèmes et les espèces avec lesquels elle interagit. Les pêcheries sauvages sont également vulnérables à la surpêche, à moins qu'elles ne soient bien gérées et réglementées. Pour que cette gestion soit efficace, nous devons connaître la quantité de poissons pêchés, la zone de pêche et l'engin de pêche utilisé. 

Calcul de l'empreinte du chalutage de fond

Un tel niveau de précision est particulièrement important lorsque l'on examine l'impact du chalutage de fond. De nombreux types de pêche ont un impact important sur l'écosystème. Mais aucune activité de pêche n'illustre mieux ce phénomène que le chalutage de fond, qui consiste à remorquer de grands filets lourds sur le fond marin. Cette technique est associée à la capture d'espèces de fond dites démersales et à la modification temporaire ou pérenne des habitats. C'est devenu un problème particulièrement sensible évoqué lors de campagnes visant à interdire son utilisation.  

 

Toutefois, la pêche au chalut de fond est une source essentielle de nourriture, représentant 25 % des débarquements mondiaux. Avec une demande en poisson aussi élevée, nous ne pouvons simplement pas arrêter cette pratique brutalement. Ses impacts peuvent être mieux gérés, mais nous devons d'abord comprendre où et à quelle fréquence le chalutage de fond a lieu, afin de pouvoir le gérer d'une manière durable.  

Dans le cadre de nos recherches récemment publiées, nous avons examiné l'ampleur réelle du chalutage de fond dans le monde. Nous avons utilisé des systèmes de surveillance haute résolution et leurs données sur des navires de pêche pour déterminer l’empreinte de la pêche dans 24 régions océaniques de moins de 9 km² chacune. Nous avons constaté qu'en moyenne, seulement 14 % de ces zones était touchées par le chalutage de fond. Il y avait cependant de grandes différences régionales. Par exemple, le chalutage de fond touche moins de 10 % des fonds marins australiens et néo-zélandais, contre plus de 50 % dans certaines mers européennes.  

Financée en partie par le Marine Stewardship Council, cette recherche facilitera la mise en œuvre de pratiques de pêche durable dans le monde entier. Elle démontre également que lorsque les pêcheries sont bien gérées et exploitées de façon durable, les impacts adjacents sur le fond marin sont réduits, en comparaison avec d'autres pêcheries moins bien gérées. En d'autres termes, si vous gérez la pêche d’une espèce cible de façon appropriée, vous réussirez probablement aussi à réduire les autres impacts de l'activité de pêche.

Une empreinte "zéro" n'existe pas 

 

Certains habitats sont très résistants aux effets du chalutage, tandis que d'autres sont plus vulnérables et mettent des décennies à se rétablir. Les progrès récents réalisés dans notre compréhension des effets du chalut de fond nous permettent aujourd'hui de prédire leur impact et de proposer des solutions concrètes pour réduire ces impacts grâce à différentes mesures de gestion, par exemple en déplaçant les activités de pêche des zones sensibles pour les fonds marins vers des zones plus résistantes.  

Ces nouveaux progrès dans la compréhension du chalutage de fond ouvrent la voie à une approche véritablement écosystémique de la gestion des pêches, dans laquelle nous pouvons gérer les espèces cibles et les effets plus larges de la pêche sur le fond marin. C'est l'approche adoptée par le cahier des charges Pêcheries et les critères du MSC, qui prend en compte tous les impacts de la pêcherie sur l'écosystème marin.  

Alors, quels sont les défis qui restent à relever ? Bien que les données AIS soient publiques, elles ne couvrent qu'une partie de la flotte de pêche mondiale. Les systèmes de surveillance des navires (VMS) sont utilisés pour un plus grand nombre de flottes de pêche dans le monde, mais ils peuvent être soumis à des questions de confidentialité (les données sont généralement considérées comme la propriété des pêcheurs). En outre, les navires de petite taille, qui représentent une proportion plus importante de la flotte de pêche dans le monde ne font pas l'objet d'une surveillance à l'heure actuelle.  

Cependant, il existe encore beaucoup de données qui peuvent guider l'amélioration de la gestion de l'impact de la pêche. Il est essentiel que nous interprétions ces données correctement, en utilisant une cartographie à la résolution appropriée, afin d'éviter des représentations inexactes de la taille et de l'étendue de l'empreinte du secteur de la pêche dans les océans.  

Michel Kaiser, Professeur honoraire, Université de Bangor  

Cet article est une republication de l’article paru dans The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l'article original.

 

 

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