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La pêche au thon, où en est-on ?

novembre 14, 2018

Thon, DCP et prises accessoires

Plusieurs campagnes mondiales pour une pêche thonière durable ont appelé à l'interdiction de l'utilisation des Dispositifs de Concentration de Poissons, également appelés DCP (ou FAD en anglais). Cependant, "DCP" ne signifie pas toujours "mauvais". Les impacts de cette pratique de pêche doivent être analysés et étudiés dans le contexte précis d’une pêcherie et de son écosystème.

Que sont exactement les DCP ?

Les Dispositifs de Concentration de poissons (DCP) sont des structures en bois artificielles, généralement flottantes, munies de filets suspendus pour attirer les poissons. Ces radeaux peuvent soit être flottants (appelés DCP dérivants) soit ancrés au fond de la mer (appelés DCP ancrés).

Certaines pêcheries thonières ciblent également des structures ou des objets naturels, notamment des bûches flottantes et de grands animaux marins, tels que les requins-baleines, autour desquels les poissons se rassemblent. On parle ici de pêche "associée à la nature" ou "associée à un objet".

En déployant leurs filets et en jetant leurs lignes près de ces objets flottants, les thoniers peuvent augmenter leurs prises de thon.

Quels sont les problèmes liés à l’utilisation des DCP ?

Une grande diversité d’espèces marines comme les thons, tortues et requins se rassemblent autour des DCP. Ces espèces peuvent s’empêtrer dans les filets flottants attachés aux DCP. Elles peuvent également être capturées accidentellement dans les filets ou lignes utilisés au moment de la capture du thon.

Les prises accessoires d'espèces non ciblées peuvent être importantes lors de la pêche autour de DCP, en comparaison à d'autres méthodes de pêche au thon, telles que la pêche sur bancs libres où les filets sont lancés en eau libre. Des quantités trop élevées de prises accessoires peuvent compromettre la durabilité de ces espèces. Cela peut également augmenter la capture de thon juvénile, mettant en péril la durabilité de certains stocks de thon.

Toutefois, les espèces interagissent différemment selon les types de DCP et les diverses techniques de pêche peuvent entraîner des niveaux de prises accessoires considérablement différents.

Outre les préoccupations concernant les prises accessoires, les recherches actuelles analysent également les effets potentiels des DCP sur les schémas migratoires du thon, mais aussi les effets des DCP perdus ou abandonnés sur des habitats tels que les coraux.

Que faire pour réduire ces impacts?

La pêche de captures accessoires et d'espèces non ciblées autour des DCP est généralement associée aux opérations de pêche à la senne coulissante. Ici, les poissons sont entourés d’un grand filet qui se referme ensuite par en bas pour former un sac. D'autres méthodes de pêche plus sélectives telles que la pêche à la senne coulissante sur bancs libres de thon (non associées à des dispositifs de concentration de poissons ou à d'autres objets flottants), la pêche à la canne ou à la traîne, entraînent moins de prises accessoires. Cependant, ces méthodes peuvent également avoir leurs propres impacts qu'il convient d'examiner attentivement.

L’avènement des DCP «écologiques» ou non-maillants, qui n’utilisent pas de filets suspendus, est également censé limiter le nombre de maillages. De nombreuses recherches sont également en cours sur l’utilisation de DCP biodégradables qui pourrait aider à minimiser les impacts négatifs à long terme.

Les impacts des DCP doivent également être étudiés au sein de l'écosystème marin concerné, en tenant compte de sa constitution unique d'espèces et de la manière dont elles se rassemblent autour de différents types de DCP. Par exemple, les prises accessoires autour des DCP ancrés situés plus près des côtes peuvent être inférieures aux prises accessoires associées aux DCP dérivants, qui flottent librement en pleine eau.

Développer une gestion plus robuste des DCP est un domaine d’action prioritaire pour de nombreuses organisations de pêche, ONG et Organisations Régionales de Gestion des Pêches (ORGP) qui gèrent les stocks de thon. Pour les ORGP, les mesures de gestion consistent notamment à limiter le nombre de DCP déployés, à promouvoir l'utilisation de matériaux biodégradables et à élaborer des plans de gestion pour faire face aux impacts de la pêche sur DCP et au nombre de DCP actuellement déployés.

Quelle est l’approche du MSC ?

La certification selon le Référentiel Pêcheries du MSC est basée sur une évaluation complète des impacts d’une pêcherie spécifique sur son environnement.

Etant donné les différences d’impacts des DCP et techniques de pêche en fonction des écosystèmes marins concernés, il n’y a pas d'exigences spécifiques sur l'utilisation des DCP ni d’interdiction de cette technique dans le Référentiel Pêcheries du MSC.

Pour obtenir la certification MSC, toutes les pêcheries, quelles que soient leurs techniques de pêche, doivent prouver lors de l’évaluation que leur taux de prises accessoires ne constitue pas une menace à long terme pour les espèces de l'écosystème où elles opèrent.

Cela signifie que, dans le passé, les pêcheries utilisant des DCP dont les captures accessoires étaient élevées ou inconnues avaient du mal à obtenir la certification MSC.

Cependant, avec des améliorations et une meilleure gestion la certification est possible. La pêcherie de thon listao pêché à la senne coulissante dans l’océan Indien d’Echebastar est a été la première à obtenir, tout récemment, la certification MSC pour ses opérations sur DCP dérivants.

En collaboration avec la Commission des Thons de l'Océan Indien et les autorités des Seychelles, cette pêcherie a activement cherché à réduire ses prises accessoires en réduisant le nombre de DCP, en utilisant uniquement des DCP non-maillants et en assurant la libération rapide d'espèces non ciblées. Ces efforts font preuve de leadership dans le secteur de la pêche thonière. Désormais certifiée, cette pêcherie devra également, pour conserver sa certification, investir dans la recherche et la gestion de ses pratiques pour réduire davantage et mieux comprendre les impacts potentiels des DCP.

Nous pensons qu'en encourageant une pêche durable du thon, le programme MSC peut contribuer à ce mouvement vers des pratiques de pêche plus respectueuses de l’environnement. Dans le cas de la pêche au thon, cette incitation pourrait encourager davantage de pêcheurs à adopter des méthodes de pêche plus durables. Cela pourrait également conduire à de nouvelles façons de réduire les impacts des DCP et à des contrôles plus stricts pour garantir leur respect.

Nous constatons que de nombreuses recherches sont en cours dans l’industrie de la pêche pour réduire les impacts environnementaux des DCP. Grâce à ces innovations et améliorations, nous pensons que les pêcheurs pourront continuer à pêcher du thon de manière durable.

Lectures complémentaires

Thon durable: Défis et solutions
International Seafood Sustainability Foundation (ISSF) sur les DCP (en anglais) 

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