L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié son rapport 2026 sur La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture. Cette publication analyse de manière approfondie les dernières données relatives à la surpêche, à la gestion durable et au rôle essentiel des espèces aquatiques comme source d’alimentation saine et d’emplois.
Il met en évidence un écart important entre les pêcheries bien gérées, qui disposent de stocks sains, et celles qui ne le sont pas. C'est la preuve évidente que la gestion durable fonctionne, mais qu'elle n'est pas appliquée partout.
Nous avons sélectionné 5 enseignements clés tirés de ce rapport exhaustif de 2026.
- Le problème de la surpêche persiste, mais des solutions existent
La surpêche a augmenté et reste un problème majeur. La part des stocks classés comme biologiquement durables dans ce rapport a diminué d’un peu plus de 2 points (passant de 64,5% dans le précédent rapport publié il y a deux ans, à 62,4% aujourd’hui).
Les chiffres du rapport s’inscrivent dans des tendances à long terme et reflètent en partie les mises à jour méthodologiques de la FAO ainsi que l’intégration de nouveaux stocks halieutiques.
Point à souligner : en volume de captures, 72,6% des débarquements proviennent de stocks biologiquement durables. Cette proportion est supérieure aux 62,4%, qui correspondent au nombre de stocks. Cet écart montre que les stocks les plus importants et les plus productifs ont tendance à être mieux gérés et pêchés durablement.
Rupert Howes, Directeur Général du MSC : « Il est encourageant de constater que, malgré l’augmentation du nombre de stocks surexploités, près des trois quarts des débarquements mondiaux de poissons proviennent déjà de stocks bien gérés et durables – une démonstration forte de ce qu’une gestion durable de la pêche peut accomplir à grande échelle. »
Pêcheurs de palourdes à Ben Tre, Vietnam
2. Les systèmes de gestion durable fondés sur la science donnent des résultats
Le rapport met en évidence des différences entre les régions et les groupes d’espèces dans la proportion de stocks classés comme biologiquement durables. Ces variations reflètent notamment les disparités dans la mise en œuvre de systèmes de gestion fondés sur la science et de stratégies de capture.
Les régions ou groupes d’espèces qui comptent généralement moins de stocks durables sont aussi ceux qui connaissent une pression de pêche plus élevée et disposent de capacités de gestion plus limitées.
« Cela corrobore les conclusions établies de longue date par la science halieutique, selon lesquelles une gestion efficace des pêcheries tend à se traduire par un état favorable des stocks, ou par leur rétablissement vers des niveaux plus favorables », Michael Melnychuk, Principal Scientist (Data Science) au MSC.
Dans les zones antarctiques, par exemple, les 15 stocks suivis sont considérés comme biologiquement durables. À l’inverse, la Méditerranée et la mer Noire présentent la plus faible proportion de stocks durables : 58 stocks sur 127, soit 45,7%. Le rapport indique que les résultats en matière de durabilité sont liés à l’amélioration des pratiques de gestion.
Michael Marriott, Directeur du programme MSC pour la région AMESA (Afrique, Moyen-Orient et Asie du Sud) : « Lorsque les pêcheries sont bien gérées, leurs stocks sont en meilleure santé. Mais lorsque la gestion fait défaut, les stocks en sont impactés. Les données montrent que la gestion durable fonctionne, mais qu’elle n’est pas encore appliquée partout. »
3. Les produits de le mer jouent un rôle de plus en plus clé dans la nutrition mondiale
Le monde n’a jamais produit autant de produits de la mer. En 2024 :
- La pêche et l’aquaculture ont généré 235 millions de tonnes de produits de la mer, tels que les poissons, les mollusques et les crustacés.
- Ces aliments fournissent désormais au moins 1/5 des apports en protéines animales de 3,1 milliards de personnes.
- Le commerce mondial des produits de la mer a été évalué à 184 milliards de dollars, concurrençant ainsi le commerce de la viande.
« La production mondiale de la pêche et de l’aquaculture atteint un niveau record, mais garantir une croissance durable et équitable reste un défi majeur. » Rapport de la FAO sur l’état de la pêche et de l’aquaculture 2026.
Débarquement de sardines ibériques
Pourtant, , la pêche sauvage ne peut pas simplement se développer pour répondre à la demande croissante. La production de produits de la mer issue de la pêche sauvage est restée globalement stable depuis des décennies — oscillant entre 86 et 94 millions de tonnes depuis la fin des années 1980. La croissance future dépendra donc du maintien de la santé des stocks halieutiques, de la réduction de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), ainsi que du développement de l’aquaculture de manière responsable sur les plans environnemental et social.
Ensemble, la pêche sauvage et l’aquaculture sont essentielles à la sécurité alimentaire mondiale et jouent un rôle important pour répondre aux besoins nutritionnels d’une population croissante. Le rapport souligne : « Les aliments aquatiques contribuent de manière toujours plus essentielle à la nutrition humaine, en fournissant des micronutriments indispensables, des acides gras oméga-3 et des protéines de haute qualité qui soutiennent des régimes alimentaires sains. »
Cela vient confirmer les conclusions de plusieurs grandes études récentes, qui identifient les aliments aquatiques comme essentiels à la santé humaine et à celle de la planète.
Protéger ces ressources est donc indispensable, à la fois pour la sécurité alimentaire et pour les moyens de subsistance de plus de 600 millions de personnes qui en dépendent, en particulier dans les zones côtières et les régions en développement.
4. L’état mondial des stocks de thon reste un point positif
Un peu plus de 91% des stocks de thon évalués ont été classés comme biologiquement durables, une progression par rapport au précédent rapport. Par ailleurs, plus de 99% de leurs débarquements cumulés provenaient de stocks durables.
Le rapport souligne les efforts coordonnés menés à l’échelle mondiale par les organisations régionales de gestion des pêches thonières (ORGP) « pour appliquer des mesures de gestion précautionneuses, avec des résultats positifs ». Un défi complexe, car les stocks de thon, hautement migrateurs, se déplacent fréquemment entre différentes juridictions nationales.
« Cette gestion efficace conduit à une amélioration de l’état des stocks, permettant des captures mondiales durables à partir de stocks en bonne santé », Bill Holden, Senior Tuna Fisheries Outreach Manager du MSC. « Ces ORGP ont donné la priorité aux principaux stocks commerciaux de thon pour l’élaboration de procédures de gestion, mais nous constatons également que des mesures sont mises au point pour d’autres espèces telles que les marlins et les requins ».
Cependant, le rapport ajoute : « De nombreux petits stocks de thon restent fortement limités par le manque de données, ce qui représente un enjeu important pour leur évaluation et leur gestion efficace par les ORGP thonières. »
Selon Manuel Barange, Sous-Directeur Général de la FAO : « Étendre ce niveau de performance aux pêcheries de plus petite taille, où les coûts de gestion peuvent être proportionnellement plus élevés et les retombées économiques beaucoup plus faibles, nécessite des approches innovantes et moins coûteuses, notamment des solutions de cogestion. »
Avec une meilleure gestion à l’échelle mondiale, en particulier dans les régions où les capacités sont aujourd’hui limitées, la pêche pourrait permettre une légère augmentation de la production issue de la pêche sauvage, passant de 92 à 95 millions de tonnes.

Thon germon pêché à la canne et à la ligne
5. L’importance de gérer des scénarios climatiques incertains
Malgré l’incertitude liée aux risques climatiques, des études menées à l’échelle mondiale sur les impacts du changement climatique sur les écosystèmes marins soulignent la pertinence des mesures d’adaptation. Ces rapports exhortent les décideurs à intégrer les considérations liées au changement climatique dans la planification et la gestion.
Pour le secteur de la pêche, le défi n’est pas seulement écologique, mais aussi pratique, notamment en ce qui concerne la gestion, de plus en plus complexe, de populations de poissons en mouvement. Les variations de la température des océans peuvent être associées à des changements dans la productivité, la répartition spatiale et l’abondance des espèces marines.
Dans les scénarios à fortes émissions, la biomasse exploitable de poissons devrait diminuer de plus de 10% d’ici 2050 dans plusieurs régions. Ces changements risquent de compromettre les efforts de gestion, en particulier lorsque les stocks franchissent les frontières juridictionnelles ou pénètrent dans des zones non réglementées.
Manuel Barange estime que la nécessité d’une gestion adaptative est évidente : « Le changement climatique a déjà un impact sur les écosystèmes marins, modifiant la répartition des espèces et entraînant des incertitudes dans la dynamique des stocks. »
Les organismes régionaux de pêche tels que les ORGP, qui rassemblent les pays pour gérer les stocks partagés, encourager la coopération et favoriser une prise de décision fondée sur la science, auront un rôle clé à jouer. Ils peuvent contribuer à gérer ces risques grâce à des recherches conjointes, au partage de données et à des approches adaptatives et de précaution qui renforcent la résilience des pêcheries.
Le rapport indique : « La durabilité future des pêcheries dépendra des mesures de gestion visant à fixer des niveaux d'exploitation adéquats qui tiennent compte de l'évolution de la productivité et de la répartition des stocks. Les modèles mondiaux montrent que si la pression de pêche est réduite et que les stocks peuvent se reconstituer, les pertes de biomasse dans les scénarios de réchauffement peuvent être partiellement compensées, en particulier dans le cadre de trajectoires à faibles émissions. »