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Journée mondiale de l’Océan : le climat met à l’épreuve la pêche durable

Dans un océan déjà fragilisé par la surpêche (35,5 % restent surexploités, selon la FAO*) et le déclin de la biodiversité, le changement climatique modifie les équilibres : réchauffement des eaux, acidification, vagues de chaleur marines, modification de la répartition des espèces et de l’état des stocks… Autant de bouleversements qui affectent la santé des écosystèmes, la disponibilité des ressources et, in fine, les conditions mêmes d’une pêche durable.

Une réalité s’impose : le changement climatique ne menace pas seulement les espèces marines, il met aussi à l’épreuve les règles de gestion et la coopération qui permettent d’assurer la durabilité.

C’est ce que montre l’étude mondiale publiée fin 2025 par l’ONG MSC dans Cell Reports Sustainability**. Menée à partir de données issues de plus de 500 pêcheries certifiées MSC, elle montre que le changement climatique fragilise la gestion durable des pêcheries, en particulier les stocks partagés entre États et les espèces hautement migratrices.

Lorsque les poissons se déplacent plus vite que les cadres de gestion n’évoluent, c’est toute la capacité à maintenir la durabilité qui est mise à l’épreuve.

Toutes les pêcheries ne sont pas exposées de la même manière. Les grands migrateurs, comme les thons, apparaissent en première ligne, devant certains petits pélagiques et poissons blancs. Cette hiérarchie n’a rien d’anecdotique : plus une espèce se déplace à grande échelle, traverse des zones économiques exclusives et parfois la haute mer, plus sa gestion dépend de mécanismes de coopération et de répartition des captures entre plusieurs juridictions.

Le cas du thon est, à cet égard, emblématique. Sa gestion repose déjà sur des accords conclus entre plusieurs États et instances de gestion des pêches. Dans le Pacifique, des populations de thon se déplacent progressivement d’Ouest en Est. En Atlantique, le thon rouge est réapparu dans les eaux britanniques où il avait disparu depuis plusieurs décennies.

L’étude montre également que les pêcheries dotées de cadres de gestion robustes fondés sur la science, le dialogue entre acteurs et des mécanismes d’adaptation, apparaissent plus résilientes face au changement climatique. Même dans des conditions relativement stables et prévisibles, la coopération restent indispensables. Dans l’Atlantique Nord-Est, le cas du maquereau, du hareng atlanto-scandien et du merlan bleu illustre l’importance d’accords de répartition des quotas alignés sur les avis scientifiques. Lorsque ces accords n’aboutissent pas, c’est la pérennité de ces stocks qui est directement mise en difficulté.

Dans un contexte environnemental plus instable, anticiper ces évolutions et avoir une gestion adaptative deviennent déterminants.

Mais aucun acteur ne peut répondre seul à l’ampleur du défi climatique. La pêche durable repose sur une responsabilité partagée entre pêcheurs, scientifiques, instances de gestion, acteurs économiques et société civile pour préserver les populations de poissons et les écosystèmes marins. Face à une réalité en mutation, l’inaction n’est plus une option.  Partager les connaissances, coordonner les décisions et construire des réponses communes : c’est à cette condition que la pêche pourra rester durable dans un océan qui ne cesse de changer.

Dès aujourd’hui.

Pour les océans, tous concernés.

Amélie Navarre,

Directrice de l’ONG MSC France