Les produits de la mer pêchés au chalut de fond sont-ils durables ? En savoir plus sur cette méthode de pêche et sur les moyens de réduire son impact sur les océans.
Qu'est-ce que le chalutage de fond ?
Le chalutage de fond - ou chalut démersal - est une méthode de pêche qui utilise des filets traînés pour capturer des poissons et d'autres espèces marines vivant sur les fonds marins ou à proximité.
Le chalutage de fond comprend plusieurs types d'engins de pêche qui utilisent un filet en forme de cône dont l'extrémité fermée (le cul de chalut) retient les prises. Le filet est trainé par un ou deux bateaux et maintenu ouvert par des planches (panneaux de chalut) ou une poutre métallique.
Quelles sont les espèces capturées par le chalut de fond ?
De nombreuses espèces couramment consommées peuvent être capturées à l'aide de chaluts de fond. Il s'agit notamment de poissons blancs comme le cabillaud, l'églefin, le hoki et le merlu, et de poissons plats comme le flétan et la sole. Les crevettes et les calmars peuvent également être capturés par cette méthode.
Pourquoi les pêcheries utilisent-elles des engins de chalutage de fond ?
Le chalutage de fond est un moyen efficace de capturer de grandes quantités de poissons et de crustacés qui vivent au fond de la mer, nécessaires pour nourrir une population mondiale croissante.
Le chalutage de fond est-il nuisible?
Les engins de chalutage de fond entrent en contact avec les fonds marins, ce qui peut endommager les habitats et les organismes marins qui s'y trouvent si les activités de pêche ne sont pas bien gérées.Comme les habitats des fonds marins varient d'un océan à l'autre, l'impact du chalutage de fond dépend du type d'habitat rencontré et des espèces présentes. Les habitats qui contiennent des espèces fragiles, à longue durée de vie ou à croissance lente, comme les coraux et les plantes marines, sont particulièrement vulnérables et ne doivent pas être chalutés, car ils risquent de ne pas pouvoir se rétablir.
Toutefois, certains habitats sont plus résilients, comme les fonds marins sablonneux ou vaseux des eaux peu profondes qui sont régulièrement exposés aux perturbations causées par les fortes vagues et les tempêtes.
Le chalutage de fond est également associé à des niveaux élevés de prises accessoires car les filets utilisés peuvent être non sélectifs. Cela peut entraîner la capture accidentelle d'espèces non ciblées, de poissons juvéniles ou trop petits. Il est important que ces impacts soient gérés avec soin et réduits par des mesures telles que la modification des engins de pêche afin d'améliorer la sélectivité.
Est-il possible de réduire l'impact du chalutage de fond sur les fonds marins ?
La cartographie des fonds marins et les études permettent de détecter les zones abritant des habitats et des espèces sensibles, et d'identifier les aires de chevauchement avec les activités de pêche. Cela permet aux pêcheries d'éviter ces régions et d'adapter leurs pratiques afin de minimiser l'impact de toute interaction.
Les zones contenant des habitats sensibles peuvent être totalement fermées à la pêche. Les fermetures sont souvent introduites par les gouvernements ou les autorités régionales de gestion de la pêche, ou les pêcheries peuvent décider volontairement de fermer des régions. Par exemple, la flotte écossaise de chalutiers a immédiatement fermé une zone à ses navires après la découverte de plumes de mer vulnérables, plutôt que d'attendre que la région soit désignée comme zone marine protégée.
Des mesures peuvent être prises pour protéger les régions non chalutées du chalutage de fond. La pêche au chalut du merlu en Afrique du Sud a volontairement « gelé » son empreinte de chalutage en 2007 et ne peut opérer que dans des zones spécifiques qui ont déjà été chalutées. L'obtention d'un permis de pêche est désormais subordonnée à l'acceptation d'opérer à l'intérieur de ces limites.
Il est également possible de réduire les incidences sur les habitats en modifiant les engins utilisés et leur mode d'exploitation. Il peut s'agir de limiter le poids et la taille des engins et de réduire le nombre de points de contact entre l'engin et le fond marin. Par exemple, des disques ou des balles en caoutchouc peuvent être ajoutés aux cordes qui sont tirées sur le fond marin de part et d'autre du filet.
Comment la pêche au chalut de fond peut-elle réduire les prises accessoires ?
Les dispositifs de réduction des prises accessoires sont un moyen efficace pour permettre aux espèces de grande taille ou indésirables d'échapper aux chaluts. De nombreuses pêcheries de crevettes en eaux froides - comme la pêcherie de crevettes nordiques du plateau néo-écossais au Canada - ont réduit les captures accidentelles de poissons de fond tels que le cabillaud et l'églefin en ajoutant un dispositif d'exclusion en forme de grille (la « grille Nordmore ») aux chaluts. Ces dispositifs empêchent les poissons d’aller dans le cul de chalut (tout en laissant passer les crevettes plus petites) et les dirigent vers un trou d'évacuation situé en haut du filet.L'utilisation de dispositifs d'exclusion a également permis d'éliminer pratiquement toutes les prises accessoires de tortues dans la pêcherie australienne de crevettes nordiques. Elle mène également des recherches pour comprendre comment et quand se produisent les prises accessoires de poisson-scie et pour identifier de nouveaux moyens de les réduire.
La pêcherie au chalut de coquilles Saint-Jacques de l'île d'Abrolhos et du Mid-West utilise des dispositifs de réduction des prises accessoires afin de minimiser la capture de tortues, de raies et d'autres grands animaux marins. En outre, la pêcherie collabore avec le ministère des industries primaires et du développement régional d'Australie-Occidentale pour mener des recherches et collecter des données sur les espèces capturées accidentellement.
La pêche au chalut de fond peut-elle être durable ?
Les pêcheries au chalut de fond peuvent être certifiées durables si elles répondent aux exigences du Référentiel MSC Pêche Durable et si elles sont évaluées par une tierce partie indépendante.Les pêcheries utilisant des chaluts de fond ne peuvent obtenir la certification MSC que si elles peuvent démontrer qu'elles ne causent pas de dommages graves ou irréversibles aux habitats et à la biodiversité des fonds marins.
Lors d'une évaluation, les pêcheries doivent fournir des preuves démontrant qu'elles comprennent les habitats rencontrés et l'impact de l'activité de pêche. Il peut s'agir d'études des fonds marins et de cartographies permettant d'identifier les différents habitats et les zones de chevauchement des activités de pêche.
Les pêcheries doivent éviter d'utiliser des chaluts dans les zones où des habitats sensibles ont été identifiés. Toutefois, s'il existe un risque d'interaction entre l'engin et ces habitats, les pêcheries devront démontrer que des mesures de précaution efficaces sont en place.
La pêcherie doit également fournir des preuves quantifiables montrant que les impacts sur les espèces en danger, menacées et protégées, ainsi que sur les espèces hors champ d'application (oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles) sont gérés et minimisés de manière efficace. Des mesures doivent également être mises en place pour prévenir la perte d'engins et réduire l'impact que les engins égarés peuvent avoir sur l'environnement marin.
Depuis 2017, les pêcheries ont apporté 123 améliorations pour mieux comprendre les impacts des engins de fond sur les habitats et les écosystèmes et comment les réduire - notamment en réalisant des études des fonds marins et en élaborant des cartes afin d'éviter les écosystèmes vulnérables. Plus de 90 améliorations ont également été apportées pour réduire les impacts sur les espèces en danger, menacées et protégées, comme la modification des engins pour réduire les prises accessoires.
