Qu'est-ce que la pêche minotière ?
Une pêcherie minotière est une pêcherie dont les captures servent soit d’appâts pour d’autres pêcheries, soit à la production de farine et d’huile de poisson. La farine de poisson produite est utilisée comme complément dans l’alimentation du bétail agricole et des poissons d’élevage. L’huile de poisson est utilisée dans les compléments nutritionnels pour l’alimentation humaine, en raison de sa richesse en acides gras oméga-3 et en astaxanthine, un antioxydant.
Les pêcheries minotières ciblent le plus souvent des espèces pélagiques de petite taille, vivant en pleine eau et connues sous le nom de « poissons fourrages », comme le menhaden, l’anchoveta, le hareng, le merlan bleu et le capelan. D’autres espèces situées plus bas dans la chaîne alimentaire, comme le krill antarctique, sont également capturées par les pêcheries minotières.
Les pêcheries minotières ont-elles un impact sur les écosystèmes ?
Comme toute autre pêcherie, les pêcheries minotières peuvent avoir un impact sur les écosystèmes et doivent donc être gérées de manière durable.
Les petits poissons pélagiques ciblés par les pêcheries minotières sont principalement des espèces de « bas niveau trophique ». Le niveau trophique décrit la position d’un organisme dans la chaîne alimentaire, en indiquant ce qu’il mange et ce qui le mange.
Les espèces de bas niveau trophique sont généralement des herbivores qui se nourrissent de plancton, d’algues et de végétaux marins. Ces espèces constituent à leur tour la base de l’alimentation de toutes les espèces situées au-dessus d’elles dans la chaîne alimentaire. En tant que principale source de nourriture des grands poissons prédateurs, des oiseaux marins et des mammifères marins, les écosystèmes dépendent des espèces de bas niveau trophique.
En raison de cette dépendance, certaines espèces de poissons de bas niveau trophique sont également considérées comme des espèces « clés de voûte ». Cela signifie qu’elles contribuent à la cohésion de l’écosystème par le rôle qu’elles y jouent, à l’image d’une clé de voûte dans une arche. Et si, comme pour une clé de voûte, une quantité non durable de ces espèces est prélevée, cela peut entraîner des changements majeurs, voire l’effondrement de l’écosystème.
Par conséquent, le MSC accorde une importance particulière à la gestion durable des pêcheries minotières ainsi que de celles ciblant des espèces de bas niveau trophique et des espèces clés de voûte.
Comment les pêcheries certifiées MSC s’améliorent-elles ?
Outre l’exploitation de populations en bonne santé, les pêcheries doivent démontrer qu’elles maîtrisent leurs impacts sur les habitats et les autres espèces marines.
Le MSC encourage-t-il les pêcheries minotières ?
La mission du MSC est de mettre fin à la surpêche, et sa vision est celle d’océans en bonne santé. Nous ne faisons pas de généralisations sur la durabilité d’un type de pêche par rapport à un autre ; notre objectif est que toutes les activités de pêche, quel que soit leur contexte, soient durables.Afin de préserver des océans en bonne santé et des stocks de poissons abondants, nous pensons que les pêcheries durables doivent être reconnues pour leurs efforts, car cela encourage des pratiques de pêche plus responsables à l’échelle mondiale.
Pour ce faire, les pêcheries candidates à la certification selon le Référentiel MSC Pêche Durable doivent démontrer, par un processus indépendant et fondé sur la science, qu’elles ciblent les stocks de poissons sans causer de dommages environnementaux à long terme.
Que fait le MSC pour garantir la durabilité des pêcheries minotières ?
Le Référentiel MSC Pêche Durable est largement reconnu comme la référence en matière de durabilité environnementale marine. Il adopte une approche extrêmement prudente dans la gestion des pêcheries ciblant des espèces de bas niveau trophique et des espèces clés de voûte.
Une pêcherie ne peut être certifiée selon le Référentiel MSC que si elle est en mesure de démontrer, à l’aide de preuves vérifiées de manière indépendante, qu’elle :
- ne cible que des stocks abondants ;
- limite au maximum ses impacts sur les écosystèmes, les habitats et les espèces qui en dépendent ;
- est gérée de manière efficace et conforme à l’ensemble des dispositions légales et réglementaires relatives aux pratiques de pêche.
Compte tenu de l’importance des espèces de bas niveau trophique et des espèces clés de voûte pour les écosystèmes, le MSC impose des exigences supplémentaires aux pêcheries minotières.
Les limites de capture applicables aux pêcheries minotières sont fixées à des niveaux bien inférieurs à ceux considérés comme durables pour d’autres espèces. Cela permet de garantir que les populations de poissons restent abondantes et peuvent continuer à soutenir les populations de prédateurs ainsi que l’ensemble de l’écosystème.
Les pêcheries certifiées doivent également démontrer que leurs captures sont exploitées au maximum, en limitant le gaspillage et en tirant une valeur économique, nutritionnelle et pratique des captures.
Par exemple, les coproduits issus d’espèces pêchées pour la consommation, telles que l’églefin, le colin d’Alaska, le hareng et le maquereau, sont également utilisés pour produire de la farine et de l’huile de poisson. Ces produits ne sont pas issus de pêcheries minotières mais permettent toutefois de valoriser des coproduits qui seraient autrement gaspillés.
Les pêcheries minotières durables peuvent-elles soutenir l’aquaculture ?
Depuis la publication du Blue Food Assessment (BFA) en 2021, puis de la Blue Food Transformation Strategy de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2022, l’importance des « aliments bleus » — produits de la mer et algues provenant des océans, des rivières et des lacs — pour la sécurité alimentaire mondiale est de plus en plus reconnue.
Une grande partie de la future production d’aliments bleus proviendra de l’aquaculture ; toutefois, les poissons d’élevage sont souvent nourris avec de la farine et de l’huile de poisson issues de pêcheries minotières exploitant des poissons sauvages. Le MSC considère que ces élevages devraient recourir exclusivement à des aliments durables, y compris de la farine de poisson issue de pêcheries minotières certifiées ou de coproduits de produits de la mer.
Depuis 2012, les référentiels de l’Aquaculture Stewardship Council (ASC) reconnaissent la certification MSC comme la référence en matière de durabilité des produits de la pêche sauvage. Le Référentiel Aliment de l’ASC de 2023 exige que la majorité des matières premières marines utilisées dans les aliments conformes à l’ASC proviennent de pêcheries minotières certifiées selon le Référentiel MSC Pêche Durable.
En octobre 2024, le Marine Stewardship Council et MarinTrust, un programme dédié à l’approvisionnement responsable en ingrédients marins, ont signé un protocole d’accord visant à améliorer la compréhension mutuelle de leurs programmes, à réduire les doublons et à optimiser l’efficacité pour les producteurs d’ingrédients marins.
Qu’est-ce que la surpêche ?
Un stock est en situation de surpêche lorsqu’un trop grand nombre de poissons est capturé et qu’il ne reste pas suffisamment d’adultes pour se reproduire et maintenir une population en bonne santé. Comment le MSC lutte-t-il contre la surpêche ?
Pêcheries minotières et consommation humaine
Compte tenu des enjeux liés à la sécurité alimentaire, et du rôle essentiel des produits de la mer comme source de protéines pour des millions de personnes dans le monde, l’utilisation de poissons pour l’alimentation animale plutôt que pour la consommation humaine suscite de réelles préoccupations.
Cependant, les préférences mondiales en matière de consommation de produits de la mer font que les espèces de petite taille et comprenant beaucoup d’arêtes, principalement utilisées par les pêcheries minotières, sont peu appréciées par de nombreux consommateurs. Le krill antarctique n’est pas apte à la consommation humaine à l’état brut.
Selon le rapport La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture (SOFIA) 2024 de la FAO, sur les 185,4 millions de tonnes (équivalent poids vif) d’animaux aquatiques récoltées dans le monde en 2022, environ 89 % (164,6 millions de tonnes) ont été utilisés pour la consommation humaine directe.
Les 11% restants (20,8 millions de tonnes) ont été destinés à des usages non alimentaires, dont environ 83% (17 millions de tonnes) ont été transformés en farine et en huile de poisson, répondant à une demande existante sans gaspiller des ressources importantes.
Néanmoins, il est essentiel que l’ensemble des ressources marines soient exploitées de manière durable, en particulier les espèces destinées aux pêcheries minotières et qui jouent un rôle majeur au sein des écosystèmes. Le programme du MSC vise à assurer la durabilité à long terme des pêcheries, quels que soient les marchés auxquels sont destinés leurs produits.
