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Faire face à la pêche INN

mai 20, 2019

Par Holly Koehler, VP Policy & Outreach, International Seafood Sustainability Fund Foundation (ISSF)

La pêche illégale, non réglementée et non déclarée (INN) représente un défi mondial. Selon certaines estimations, les coûts annuels s’élèvent à pas moins de 23 milliards de dollars (plus de 20,5 milliards d’euros). Cela correspond à environ un cinquième de la capture de poissons et fruits de mer au niveau mondial. La pêche INN menace les ressources halieutiques, d’autres formes de vie marine et les pêcheurs qui respectent les consignes de la pêche durable. 

Thon 

Le secteur du thon n’y fait pas exception. Le thon migre sur de longues distances, et est souvent pêché loin des côtes, en pleine mer ou même dans les eaux territoriales de pays en voie de développement, d’Etats côtiers ou d’Etats insulaires isolés. Le thon capturé est transformé et commercialisé dans le monde entier par le biais de chaînes d’approvisionnement complexes. Ceci complique la collecte de données, la surveillance et l’application de la réglementation. Et cela permet donc aux entrepreneurs INN de conquérir une partie du marché du thon, estimé à plusieurs milliards.

Heureusement, ces activités INN entrent de plus en plus souvent dans la ligne de mire des autorités. L’industrie du thon, les gouvernements et les ONG travaillent dur pour faire face au problème de la pêche INN. Et ils ont réussi à progresser sur plusieurs fronts.

D’abord, des améliorations considérables ont été apportées dans le domaine de la transparence. La pêche et les navires INN passaient en grande partie sous les radars en raison d’un contrôle minimal ou insuffisant. De nouvelles technologies permettent actuellement d’y remédier. Ces dernières années, le nombre de navires équipés d’un identifiant unique du navire (IUN), comme celui attribué par l’Organisation Maritime Internationale (OMI), n’a cessé d’augmenter. Les dix dernières années, une grande partie des navires à senne coulissant pêchant le thon tropical, avec un numéro OMI accessible au public, a augmenté d’environ 10% à 90%. L’ISSF maintient en outre une base de données croissante des IUN dans la pêche de thon, qui ne peuvent bénéficier de numéros OMI en raison de leur taille, ou parce qu’ils pêchent uniquement dans les eaux territoriales.

Grâce à la divulgation de ces informations, les gouvernements nationaux et les organisations régionales de pêche (ORP) peuvent mieux surveiller les mouvements des flottes de pêche et des navires transporteurs. Cela permet également d’échanger des informations et de lutter ensemble contre des activités de pêche INN. Les numéros OMI ne changent pas, contrairement au pavillon ou à la couleur de la coque d’un navire. Il est même possible de suivre les navires enregistrés à l’aide de systèmes de surveillance par satellite pour navires. Au fur et à mesure que le nombre de navires enregistrés augmente, il devient de plus en plus facile d’identifier et d’arrêter des navires non autorisés et non enregistrés.

Conjointement à cela, la gestion de la pêche a fortement évolué. Les ORP ont instauré différents mécanismes de contrôle, maintien et conformité pour combler certaines lacunes de la réglementation. Les pêcheurs INN auront donc de plus en plus de mal à contourner la législation. Par exemple pour ce qui concerne les transbordements en mer, où un navire transfère sa capture vers un autre navire, sans donc débarquer dans un port. Il peut y avoir des raisons légitimes qui expliquent le transbordement. Si aucun, voire très peu de contrôle n’est effectué, ce transbordement peut être une façon d’introduire du thon INN dans la chaîne d’approvisionnement. L’on observe une demande et un besoin de renforcer les règles et exigences relatives à ces pratiques. Les ONG de notoriété ont joint leurs efforts à ceux des gouvernements, marchés et ORP pour tous avancer dans la même direction. Ils développent des meilleures pratiques pour bien gérer les transbordements en mer. Les quatre grandes ORP qui sont aujourd’hui responsables de la gestion du thon tropical, ont imposé une interdiction de transbordement en mer pour les navires à senne coulissant (à quelques exceptions près).

Toutes les ORP ont en outre adopté des dispositions imposant la présence d’observateurs indépendants à bord de grands navires. L’ISSF a développé toute une série de meilleures pratiques pour consolider ces programmes. Les ORP pour la pêche au thon ont développé des normes pour utiliser des systèmes de surveillance électroniques, qui permettent d’étendre ces « observateurs électroniques » à des types de navires de pêche qui ne sont actuellement pas ou à peine surveillés. 

Finalement, l’accroissement de la demande du marché pour du thon durable et traçable stimule le secteur de la pêche à fournir plus d’efforts et à s’attaquer aux pratiques INN. Une grande partie des transformateurs de thon et d’autres entreprises actives dans la chaîne d’approvisionnement se sont engagés à respecter les mesures de conservation de l’ISSF. Celles-ci imposent notamment la traçabilité, la collecte de données, les numéros OMI et des règles strictes relatives au transbordement. Un nombre croissant de navires souscrit pour cette raison au Registre de Navires Proactif (PVR) de l’ISSF. Ceci implique qu’ils s’engagent à fournir des informations transparentes et à autoriser les contrôles de certaines activités de pêcherie. Au moment de la rédaction, 1.146 navires étaient enregistrés, dont 75% de la flotte mondiale de navires à senne coulissant. Les grands navires à senne coulissant qui font actuellement partie du PVR de l’ISSF représentent environ 80% de toutes les captures à senne coulissant et environ 50% de toutes les captures de thon mondiales.

La certification MSC montre qu’il est possible de mettre en place une chaîne d’approvisionnement de thon entièrement transparente, traçable à partir de la pêcherie à gestion durable qui capture le poisson, jusqu’aux magasins ou détaillants. La collaboration entre toutes les parties impliquées permet d’appliquer ce principe à l’ensemble à l’industrie du thon.
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